Robert Kelly

 

FOR WALT WHITMAN, A TOWNSMAN OF MINE,

AN IMPREGNATION OF HIS SWEETEST POEM

 

When I wanted to learn when poetry happens

and what good it does in cities, Death’s own greenhouses,

or in the army’s killing fields, I heard a voice

left over from my childhood

when I still believed the things I learn’d

were true and I wanted to be an astronomer, an alchemist,

to summon friends out of the sky who would come to me,

when I hungered for the proofs of love

revealed in how the figures of desire behaved

who were ranged in columns of women and men before me,

when I was shown the beautiful entanglements

of the ordinary, words you could trip over,

how you could drown in maps and sea charts and

climb up the diagrams of geometry to add, divide and

actually make love with angels I could try to measure

while I tried to make them aid me,

when I saw them sitting there above the world

and heard the astronomer where he busily lectured

in my heart with much confidence

about the eternal animals aloft that feed on all our dying,

our death rattles sound like applause to them,

while we in the lecture room of cathedrals praise them –

 

how soon I lost faith in my gematria,

all the tricks, the unaccountable chemistry of fear,

failure, I became suddenly just a plain man trying to talk,

tired and sick but telling the truth, till the moon was rising

and gliding over the rooftops of Brooklyn, out over

the wooden water-towers of Manhattan, I loved

them, those stalwart minarets of the only true religion,

on every roof!  old wood, old water,

I wander’d off by myself,

in all that was left of the mystical, the ordinary moist

night-air that all of us, woman and man, easy could breathe,

breathe and breed and tell the truth from time to time,

I let myself be one among the ones around me,

let myself touch and be touched, and if I had a word

I gave it to you, you all around me, the ones who look’d up

and saw me standing in front of them, gibbering

and spouting my poesy, seeming to have something

of portent to tell them, some word that was in perfect

marriage between them and myself or myselves,

whoever I thought myself to be at that moment,

but instead of hearkening they would turn in silence

and smile at me and touch me lightly on the lip or the hand

and with their whole arm point tenderly upwards

saying Brother, Lover, those are just the stars.

 

 

                                                                   14 March 2005

 

Note: When in 1950 I heard Norbert Wiener lecture on cybernetics and the transcendence of human intelligence, heard him in the very precincts of the Brooklyn Philosophical Society where Whitman had heard the learned astronomer in 1865, last year of the War, I knew I had to deal with Whitman’s poem I had just gotten to know, deal with coming out from the lecture, coming out into the world of the human, coming out into the stars. I thank Olivier Brossard for summoning me to fulfil an obligation I had left neglected for half a century.

           

The present text inveigles words of my own, to say my own confusions, into Whitman’s text, without changing at all the order of his words (printed here in italics). The reader is free to discard all my words, and readers who do so will be left with the pure Whitman text, fresh as ever.

 

 

And here is my poem, translated into french with amazing skill by marc chenetier, who preserved both my meanings and the literal continuity of whitman’s original :

 

Pour Walt Whitman, habitant de ma ville,

cette imprégnation de son plus DELICIEUX poème.

 

Quand je voulus apprendre dans quelles circonstances survient la poésie

et le bien qu’elle peut apporter aux villes, ces forceries de la Mort,

ou sur les champs de massacre de l’armée, j’entendis une voix

qui me demeurait de l’enfance

du temps que je croyais encore vrai le savant bagage alors acquis

et que je voulais devenir astronome, alchimiste,

pour exiger d’amis au ciel qu’ils vinssent me rejoindre,

quand ardemment je souhaitai que me fussent révélées les preuvesde l’amour

par la façon dont se comportaient les nombresde ceux qui désirent

lorsqu’ils furent alignés en colonnesde femmes et d’hommes devant moi,

quand me furent montrés lesmagnifiques enchevêtrements

de l’ordinaire, des mots sur lesquels trébucher,

comme on peut se noyer dans les cartes, les courbes des portulans et

escalader les diagrammes de la géométrie pour ajouter, diviser et

faire tout de bon l’amour avec des anges dont je pouvais tenter de prendre la mesure

alors que je les appelais à mon secours,

quand je les vis assis, tout en surplomb du monde, et que

j’entendis l’astronome achever son propos,adressé avec force

à mon cœur en toute confiance

traitant des animaux éternels qui, là-haut, se repaissent de nos incessantes morts,

nos râles ultimes n’étant pour eux qu’applaudissements,

alors que nous chantons leurs louanges dans la salle de conférencesdes cathédrales—

 

 tout à coup, de brutale façon, je perdis foi en ma gématrie—

tous ces tours,  l’inexplicable chimie de la crainte,

les échecs—, je me sentis soudain comme un homme ordinaire qui tente de parler,

fourbu et nauséeux,mais dit la vérité ; sortant bientôt à pas feutrés,la lune s’éleva

doucement au-dessus de Brooklyn, loin au-dessus

des châteaux d’eau en bois sur les toits de Manhattan, et je les aimais

tant, ces vaillants minarets de la seule vraie religion,

dressés sur chaque toit ! bois ancien, eau ancienne,

je m’éloignai tout seul, au hasard,

dans tout ce qui restait de l’air nocturne humide, ordinaire

et plein de mystère que chacun d’entre nous, femme et homme, pourrait aisément respirer,

respirer et engendrer pour dire la vérité de temps à autre,

je me permis d’être un parmi ceux qui m’entouraient,

me permis de toucher et d’être touché, et si j’avais un mot

je vous le donnai, à vous tous qui m’entouriez, tous ceux qui, levant les yeux,

me voyaient debout devant eux, débagoulant

et crachotant mes poésies, l’air d’avoir quelque chose

de prodigieux à leur dire, un mot qui dît parfaitement

les épousailles qui les unissaient à mon moi ou à mes mois,

à qui que je crusse être en cet instant,

mais au  lieu de me prêter l’oreille ils se détournaient, silencieux,

me souriaient, touchaient d’un doigt léger ma main ou bien ma lèvre,

et pointant tendrement leur bras tendu vers les hauts,

me disaient Frère, Amant, ce ne sont là que les étoiles.

 

 

14 mars 2005

 

 

Note : Quand, en 1950, j’entendis Norbert Wiener donner une conférence sur la cybernétique et la capacité qu’a l’intelligence humaine de tout transcender, l’entendis parler dans les locaux mêmes de la Société Philosophique de Brooklyn où Whitman avait entendu lui-même parler le savant astronome en 1865, la dernière année de la Guerre, je compris qu’il me faudrait faire quelque chose du poème de Whitman que je venais de découvrir, quelque chose du fait d’être ressorti de cette conférence, de m’être retrouvé dans le monde des humains, de m’être retrouvé parmi les étoiles. Je remercie Olivier Brossard de m’avoir enjoint de remplir une obligation que je négligeais depuis un demi-siècle.

 

 

Le présent texte entraîne des mots qui sont les miens, pour donner voix à mes propres confusions, dans le texte de Whitman, sans changer le moins du monde l’ordre de ses mots (ici composés en italiques). Le lecteur est libre de rejeter tous mes mots ; à qui le fera, il restera le texte de Whitman dans toute sa pureté, toute sa fraîcheur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

and here for convenience :

 

Whitman’s Original :

 

When I Heard the Learn'd Astronomer

by Walt Whitman

 

 

When I heard the learn'd astronomer,

When the proofs, the figures, were ranged in columns before me,

When I was shown the charts and diagrams, to add, divide, and measure them,

When I sitting heard the astronomer where he lectured with much applause in the lecture-room,

How soon unaccountable I became tired and sick,

Till rising and gliding out I wander'd off by myself,

In the mystical moist night-air, and from time to time,

Look'd up in perfect silence at the stars.

 

***

 

Translation by Jacques Darras.

 

« Quand j’eus entendu parler le savant astronome ».

 

Quand j’eus entendu parler le savant astronome,

Quand les preuves, les calculs, furent alignés en colonnes devant moi,

Quand on m’eut montré les graphiques, les diagrammes, pour les additions, divisions et autres mesures,

Quand de mon banc j’eus entendu le savant astronome finir sa conférence sous les applaudissements de                                                                    l’auditoire,

J’éprouvai tout à coup inexplicablement une nausée, une lassitude,

Et m’éclipsant sans bruit m’en allai dehors tout seul,

Dans l’air de la nuit humide et mystérieux, et de temps à autre,

Levai les yeux dans un silence total en direction des étoiles.

 

***

 

 

  Marc Chénetier's version of Whitman’s poem, as reconstituted from fragments interspersed in the translated text :

 

Quand j’entendis le savant astronome,

quand les preuves, les nombres furent alignés en colonnes devant moi,

quand me furent montrés les courbes et diagrammes,

pour ajouter, diviser et prendre la mesure,

quand assis j’entendis l’astronome achever son propos

avec force applaudissements dans la salle de conférences,

tout à coup de façon inexplicable je me sentis fourbu et nauséeux ;

sortant bientôt à pas feutrés, je m’éloignai tout seul, au hasard, dans l’air nocturne humide et plein de mystère, de temps à autre

levant les yeux, parfaitement silencieux, vers les étoiles.